Objectifs

Si de nombreuses équipes de recherche travaillent sur les questions urbaines, les territoires ruraux ou encore leurs marges spatiales, le peri-urbain, la spécificité de RURALITES – acronyme de Rural, URbain, Acteurs, LIens, Territoires, Environnement, Sociétés – est de s’intéresser à ce qui peut relever de l’urbain dans les villages les plus reculés et aux formes de ruralités dans les centres villes les plus denses. Nous souhaitons réinterroger les catégories (Rural, Urbain, Péri-urbain), en y apportant des nuances et en tentant de rendre intelligible leurs évolutions contemporaines dans toutes leurs complexités. Elles ont une longue et prestigieuse histoire qu’il nous faut apprendre à questionner et à déconstruire. La ruralité ne serait‐elle pas devenue le produit d’une culture désormais largement dominante qui prend corps et fait sens au regard des inquiétudes qui traversent nos sociétés contemporaines travaillées par l’urbanisation, la mondialisation et l’environnement ? Il conviendrait donc désormais d’interroger les liens rural-urbain en identifiant les ressorts de la culture urbaine dominante qui s’est emparé des espaces de faibles densités pour en faire les laboratoires d’une « citadinité rurale » ou « de nouvelles utopies ».

Notre objet de recherche principal porte donc sur l’analyse des nouvelles relations entre espaces urbains et espaces ruraux, dans les pays du Nord comme dans ceux du Sud. Les convergences et les différentiations entre ces deux catégories spatiales (villes et campagnes) sont analysées en abordant les mutations socio-environnementales, les activités, les évolutions foncières, les polarisations et les dynamiques spatiales et territoriales, les dynamiques économiques, la circulation des hommes, des produits et des biens immatériels, ce qui lui confère une originalité dans le champ de la géographie sociale en France.

L’une des spécificités de RURALITES est de s’intéresser aux Territoires, depuis leurs matérialités physiques et environnementales (végétation, eau, climat, etc.) jusqu’à leurs acteurs (politiques publiques, démarches associatives, engagement privé, organisation territoriale etc.). Nous avons organisé notre recherche en 3 axes (figure 3). Dans chacun des axes, trois champs seront particulièrement travaillés, sans s’interdire d’explorer de nouvelles voies, à condition qu’elles apportent des éclairages sur ce qui est le cœur de notre objet de recherche : l’analyse des liens et des mutations entre les villes et les campagnes.

Axes

Axe 1 : Environnement et Paysage

La dynamique des paysages est plus que jamais le résultat de l’interaction/hybridation des activités humaines et des facteurs environnementaux au 1er rang desquels se trouve le climat. La transformation et la mutation des paysages relèvent des dynamiques des territoires, sous tendues par celles sociétales sur différentes temporalités, le temps long et celui plus court induit par le changement des pratiques, les aménagements anthropiques et les effets du changement climatique (en particulier sur le littoral et en haute montagne).

Aujourd’hui, les évolutions climatiques sont au cœur des enjeux environnementaux. Si les marqueurs de l’action anthropique sont aisément lisibles dans la transformation des paysages (tendance à l’uniformisation des paysages culturaux et urbains, fragmentation des milieux naturels et recul des espaces boisés ou humides, artificialisation des sols, altérations des services écosystémiques, etc.), l’impact du changement global induit par le changement climatique sur l’environnement et les paysages se traduit de manière contrastée avec  : des phénomènes extrêmes dévastateurs (ouragans, incendies géants, inondations de grande ampleur) qui transforment fortement les milieux et des phénomènes progressifs : sècheresses sévères et prolongées avec disparition de zones humides, dépérissement et modification de la végétation plus ou moins irréversibles.

Interroger le lien Rural urbain par le prisme du Paysage, c’est interroger et démêler la part des sociétés et celle des facteurs naturels (environnementaux) dans sa structure, sa dynamique et sa place dans les trajectoires territoriales. Dans une démarche plus opérationnelle, c’est réfléchir à l’échelle des territoires aux dynamiques environnementales porteuses de plus de vulnérabilité et de risques, à l’imbrication des facteurs anthropiques et naturels dans les formes d’évolutions paysagères. C’est aussi travailler sur le statut et la fonction du/des paysage/s, sur les éléments environnementaux à préserver ou atténuer pour maintenir une diversité paysagère sources d’aménités et prévenir la survenue de catastrophes.

Axe 2 : Agricultures et sociétés

Alors que les modèles agricoles se recomposent très rapidement, au Nord comme au Sud, les chercheurs du laboratoire RURALITES s’intéressent au renouvellement des liens entre agriculture et société, en étudiant les implications sociales, techniques et foncières de la transformation des systèmes agricoles. Il s’agit de travailler sur les relations entre agriculture et société, qui participent à la construction du territoire. Dans la continuité de ce qui s’est fait dans le contrat 2015-2020, RURALITES poursuivra l’analyse du temps long des mutations productives et des dynamiques territoriales de la production agricole mais aussi des nouvelles modalités de gouvernance alimentaire en particulier l’analyse de l’émergence des circuits alimentaires de proximité, les nouveaux rôles dédiés à l’agriculture, les liens qu’elle établit entre les sphères urbaines, périurbaines et rurales et manière dont elle peut « faire société ».

Axe 3 : Politique et Gouvernance

Après une phase de 2015 à 2020, qui a permis aux chercheurs de cet axe de procéder à un inventaire précis des formes contemporaines de diagnostic territorial (rapport remis au CGET en 2016), après avoir analysé les formes de coopération et de résistance des acteurs de la société civile à la contribution de la « fabrique citoyenne des territoires », la phase qui s’ouvre s’intéressera aux logiques de renouvellement en cours des politiques publiques les plus innovantes sous trois angles :

  • L’enchevêtrement du temps et de l’espace dans une société de la mobilité ;
  • L’enjeu des réseaux de coopération territoriale au sein d’organisations ayant pris la mesure des acquis et des limites des différentes phases de la décentralisation à la française ;
  • La compréhension fine de la place des petites villes au sein des relations rural-urbain, d’un point de vue fonctionnel comme sur le plan des représentations (place du rapport à la nature, formes de socialisation, externalités des coûts…).