Axe 1 - Environnement et sociétés : Objectifs et porteurs

Porteurs de l’axe : Daniel Peyrusaubes et Claire Portal

Cet axe vise à interroger les relations nature-société à partir de deux entrées principales : la question de l’atténuation et de l’adaptation aux changements climatiques dans les politiques publiques, et les nouvelles formes de gestion et de protection de la nature. L’étude du premier objet de recherche sera conduite par l’élaboration d’un Observatoire en région ex Poitou-Charentes.  Le second point d’investigation interroge plus largement les usages et les modes d’appropriation des ressources naturelles, dans un contexte de forte demande sociale, et analyse la construction et l’affrontement des conceptions normatives du paysage et des environnements.

Structuration

1.1. L’atténuation et l’adaptation des territoires au changement climatique

L’ambition de cette thématique est d’aborder de manière transversale et multidimensionnelle la problématique de l’atténuation et de l’adaptation des territoires aux changements climatiques, considérant que les stratégies imaginées et déployées ne sont plus réductibles à la seule gestion des écosystèmes. Intégrée dans le programme CPER INSECT (2015-2020), la recherche privilégie en particulier une approche sociale par le biais des représentations auprès des différents acteurs (élus, agriculteurs) et une analyse des politiques publiques d’atténuation et d’adaptation (contenus et objectifs, mode d’élaboration, instruments de mise en œuvre, articulation avec d’autres programmes). Il s’agit ici de mobiliser trois notions :

  • l’atténuation, qui fût la première direction de la politique climatique française (et internationale). Elle donne l’occasion d’identifier les choix des pouvoirs publics en la matière en région, plus particulièrement concernant la politique énergétique ;
  • l’adaptation et ses modalités d’intégration dans les politiques de développement local, qui relèvent fondamentalement de choix de sociétés. Ce premier point est appréhendé par l’exploration de problématiques spécifiques associées aux transitions environnementales et sociétales (pratiques agricoles, gouvernance de la ressource en eau face aux pressions anthropiques, transition énergétique, Plans Climat Air Energie Territoriaux… ) ;
  • la vulnérabilité, qui est saisie dans les différents champs (social, territorial, écologique, politique…) eu égard au niveau de résilience des sphères affectées. Nécessaire en termes d’analyse, de diagnostic, de définitions d’actions et de mesures, cette notion sera élargie aux termes de flexibilité et de réversibilité qui tienne compte des incertitudes sur l’ampleur des changements globaux à venir au Nord comme au Sud. Une attention nouvelle est par ailleurs être portée à la co-construction (par tous les acteurs) de stratégie de développement locales répondant aux enjeux majeurs et tenant compte des marges d’action réelles et identifiées.

 

1.2. Les nouvelles formes de gestion et de protection de la nature

Ce sous-thème vise à explorer quatre sous-thèmes est particulier. Le premier s’inscrit dans le prolongement des travaux réalisés dans le cadre de l’ANR REPPAVAL, et poursuit l’analyse de la territorialisation, de l’intégration sociale et politique de la restauration écologique ; le deuxième porte sur les enjeux socio-spatiaux de la mise en œuvre des principes de rewilding et de non-intervention ; le troisième traite des effets de la dépoldérisation passive ou active (volontaire) en termes de relocalisation des espaces protégées et de la biodiversité. Enfin, le dernier sous-thème questionne création de nouveaux types d’espaces naturels protégés et labellisés.

1.2.1. Territorialisation, intégration sociale et politique de la restauration écologique

Les thèmes traités dans l’ANR JCJC REPPAVAL vont être prolongés, en particulier sur la reconstitution des paysages de cours d’eau aménagés (géohistoire de l’environnement). Il s’agit ici de poursuivre l’exploration des relations entre les habitants et leur environnement de proximité, d’étudier les conflits, les mobilisations citoyennes et les modes de régulation qui caractérisent ces paysages spécifiques de vallée. Par ailleurs, les enjeux socio-spatiaux du démantèlement de barrages seront développés à une échelle internationale.

1.2.2. Wilderness européenne et nature férale : enjeux socio-spatiaux de la mise en œuvre d’opération de rewilding et du principe de non-intervention.

Dans le contexte européen, le rewilding et de manière complémentaire, la libre évolution de la nature sont également explorés en tant qu’alternatives à la gestion conservatoire patrimoniale. Un mouvement protéiforme, mais de plus en plus structuré, active la promotion des principes de non-intervention, de rewilding et la construction d’une culture positive de la nature sauvage. Ce mouvement est porté par un réseau très actif associant des ONGs, des entreprises écotouristiques, des gestionnaires d’aires protégées et des scientifiques. Les revendications préservationnistes s’inscrivent également dans un contexte à risque pour de larges espaces européens à haute valeur écologique, en particulier, dans les zones périphériques de l’Europe où de vastes étendues à faible densité de population, plus ou moins marquées par la déprise agricole, sont convoitées par des projets d’exploitation minière ou forestière. Des terres plus récemment délaissées peuvent aussi susciter l’intérêt d’investisseurs agro-industriels. Ce sous-thème analyse le mouvement contemporain de reconnaissance, de valorisation et de protection d’une nature à caractère sauvage en Europe, à partir d’une approche interdisciplinaire en Sciences Humaines et Sociales (géographie sociale et culturelle, anthropologie). Il s’agit d’étudier les conséquences socio-spatiales et culturelles associées à la mise en place d’un nouveau modèle de gestion de la nature en Europe.

1.2.3. Dépoldérisation et relocalisation de la biodiversité

Afin de mieux saisir ces mouvements contemporains émergents (rewilding / libre-évolution), nous étudierons également les processus de dépoldérisation et de relocalisation de la biodiversité induits.  Dans un contexte d’élévation du niveau de la mer, le devenir des espaces naturels protégés situés sur la côte ou en position rétro-littorale. Espaces marginaux dont les limites marines et/ou terrestres sont constamment questionnées par la réglementation, les pressions exercées par l’urbanisation, ils sont aussi les premiers impactés en cas de submersion marine ou d’érosion. Leur marginalité est aussi le résultat des moindres enjeux qui pèsent sur eux, la société et les acteurs étant prioritairement préoccupés, et on le comprend, par le devenir des espaces urbanisés. Ainsi, nous centrerons l’analyse sur des territoires à la biodiversité importante et reconnue (réserves naturelles nationales). A partir de la constitution de trajectoires paysagères de ces espaces, l’objectif est de comprendre les représentations que se font les acteurs de terrain de ces sites originaux et d’imaginer les perspectives d’évolution que ces espaces peuvent vivre à l’horizon 2050 : seront-ils abandonnés à la mer ? Est-il possible de songer à une relocalisation de cette biodiversité ?

1.2.4.  Géodiversité : nouveaux espaces patrimoniaux, nouvelles représentations de la nature ?

Enfin, les nouvelles formes de protection de la nature sont aussi abordées via le thème de la géodiversité, qui mobilise, outre l’aspect patrimonialisé d’éléments abiotiques de nature, la mise en place de géoparcs, soit d’espaces protégés d’un nouveau genre. A travers les projets E-Wild et Pédalo, la question de la superposition d’espaces naturels protégés qui ont des vocations différentes est posée : les géoparcs, soutenus par l’Union Européenne et par l’UNESCO depuis 2015 sont des territoires labellisés comparables aux parcs naturels régionaux français à ceci près qu’ils sont créés dans le but de valoriser les paysages et la géologie/géomorphologie auprès des habitants et des visiteurs. Les géoparcs sont un outil de développement des marges européennes et leurs limites correspondent parfois à celles d’espaces considérés comme ensauvagés. Finalement, ces nouvelles formes de patrimonialisation de la nature sont-elles compatibles sur un même espace ? A quelles représentations sociales et culturelles de la nature et des paysages ces modèles font-ils écho ?