Axe 2. ENVIRONNEMENT, RISQUE ET SOCIÉTÉ

Porteur de l’axe : Alain François

Chercheurs participants à l’axe : Régis Barraud, Pascal Bouchery, Moulay-Driss El Jihad, Alain François, Camille Hochedez, Patrick Matagne, Abdulamir Qasim, Claire Portal, Daniel Peyrusaubes, Mohamed Taabni.

Au sein de cet axe, les problématiques de recherche s’inscrivent dans la continuité développée dans le précédent quadriennal, à savoir l’analyse des interactions Nature/Société dans un contexte de profondes mutations des anthroposystèmes au Nord comme au Suds. Les programmes de recherche qui ont été mis en œuvre (ACI-MSHS) ont donné lieu à de nombreuses productions scientifiques de la part des enseignants-chercheurs impliqués, ainsi qu’à l’organisation de plusieurs colloques internationaux. L’approche envisagée à venir, dans une optique de développement durable des territoires, privilégie comme entrée la notion de risque : composante qui nous semble essentielle dans la détermination des usages et des modes d’appropriation des ressources, tant en termes de dynamiques environnementales que de mutations socio-spatiales.

En effet, au Nord comme au Sud, les systèmes de production développés par les sociétés sont indissociables des systèmes naturels qui les sous-tendent dans la mesure où la majorité des ressources en sont issues, et ce tout particulièrement pour les sociétés rurales. Les choix effectués en matière d’usage et de gestion des ressources environnementales sont le fruit d’une recherche constante de réduction du risque.

Mais, lorsque des crises (climatiques, démographiques …) surviennent, perturbant voire déséquilibrant les anthroposystèmes en place, les sociétés, si elles veulent assurer leur pérennité, sont dans l’obligation de s’adapter aux bouleversements subis : une attention particulière doit alors être portée aux stratégies d’adaptation et/ou d’innovation développées par ces sociétés.
La variété des réponses apportées et les choix observés traduisent, dans un premier temps, les mutations en cours des systèmes de production en vue d’une pérennisation des supports de subsistance. L’examen des nouvelles logiques de mise en valeur et d’occupation des espaces permet alors de mieux en appréhender les impacts environnementaux et de déterminer la capacité de résilience ou pas des écosystèmes mis à contribution mais également des socio-systèmes en place.

Cependant, si les contraintes internes et externes deviennent trop lourdes, si les systèmes de production même améliorés, ne peuvent plus subvenir aux besoins vitaux, d’autres alternatives sont requises. L’abandon provisoire ou définitif du système d’exploitation devenu inopérant, implique alors le déplacement des hommes, soit pour une activité nouvelle exercée le plus souvent dans les centres urbains, soit vers des espaces neufs offrant de meilleures conditions d’existence. Ainsi, l’intensité des mobilités humaines (front pionnier, exode rural…), donnant lieu par endroit à des concentrations croissantes de population est particulièrement révélatrice de stratégies de régulation de « crise » tant socio-économique qu’environnementale. L’examen des dynamiques foncières semble également être un indicateur privilégié dans l’analyse de la durabilité ou non des systèmes socio économiques en place.

La caractérisation des ressources physiques (eau, sols, végétation) par le biais des données objectives quantifiables, participe pleinement au questionnement sur la notion de risque. La description et l’observation des dynamiques des écosystèmes permettent d’identifier les seuils de rupture d’équilibre compromettant tout développement durable. En effet, une surexploitation des ressources naturelles peut se traduire par le franchissement de seuils écologiques parfois irréversibles.

Cependant, dans l’examen des écosystèmes mis à contribution en temps de crise, la valeur et le statut de la ressource ne peuvent être limités à la seule acception naturaliste. Ceux-ci sont également définis par l’usage que l’on en fait et par la valeur culturelle, voire religieuse dans certains cas, qu’on leur attribue. Le poids des représentations, des socles historiques et des héritages culturels (espaces sacralisés, savoirs locaux…) renseignent sur les modes d’intervention sur les milieux tout en définissant des systèmes d’exploitation : les problématiques environnementales doivent ainsi être replacées à l’intersection des états de la nature et de leur traitement social.
Par ailleurs, la prise en considération des systèmes d’autorité, en matière de gestion des territoires (politiques publiques, autorités locales, ONG, décentralisation, gouvernance), est incontournable. Ainsi, depuis les années 1980, lors des grands sommets internationaux, certaines politiques environnementales, élaborées dans un souci de conservation de la biodiversité entre autres, ont été relayées à différentes échelles par la mise en place de politiques publiques parfois très contraignantes pour les usagers : le développement des aires protégées dans de nombreux Etats du Sud, la réintroduction de certaines espèces animales au sein des espaces ruraux dans les Nords, en sont des exemples. Or, la multiplication des revendications autochtones, en matière d’accès aux ressources au Nord comme au Sud, traduit les crises profondes qui ont parfois abouti à des conflits d’acteurs dommageables, voire destructeurs pour les milieux naturels concernés.

Enfin, dans la construction d’outils d’aide à l’élaboration de politiques environnementales plus en adéquation avec les besoins, une attention sera portée aux retours d’expérience, tout particulièrement lors d’événements catastrophiques majeurs (séisme, inondation, sécheresse, ouragan…). L’étude de ces manifestations paroxysmiques impliquent une démarche spécifique qui privilégie la spatio-temporalité. En effet, alors que certains temps forts atmosphériques ne concernent qu’une surface territoriale limitée et dans un temps court (tornade, orage…), d’autres impliquent des espaces beaucoup plus vastes et dans une temporalité longue (sécheresse, canicule…). Ce différentiel espace-temps est fondamental tant dans l’étude de la dynamique de cès phénomènes que dans leurs endommagements.

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